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Vers la résilience alimentaire

  • 2020-02-01 09:34:30.0
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INTRODUCTION

LA FIN D’UNE ÉPOQUE


Alors que travailler dur pour produire de la nourriture est resté le lot des sociétés agraires pendant 10 000 ans, les pays industrialisés pourvoient aujourd’hui à leurs besoins alimentaires avec une aisance qui relèverait du prodige pour nos ancêtres ! Si une partie non négligeable de la population reste marquée par l’insécurité alimentaire pour des raisons économiques ou politiques, jamais autant de nourriture n’a été produite, consommée, ou simplement jetée. Cette abondance repose sur une organisation vaste et complexe : le système alimentaire.








Une société bien nourrie peut consacrer davantage de temps à des activités non essentiellesà la survie, telles que les loisirs, l’art ou la science. Paradoxalement, l'essor de ces savoirs nous conduit aujourd’hui à une certitude : l'état actuel de profusion materielle ne durera pas éternellement. Confrontées aux limites physiques, géologiques et biologiques de notre planète, les sociétés complexes que nous avons bâties se révèlent vulnérables. Les études scientifiques se succèdent et ne laissent plus place au doute. Tandis que s'épuisent les ressources indispensables à notre activité économique, les conséquences tragiques de la sixième extinction de masse et du changement climatique sont désormais tangibles. Les conditions historiques ayant permis au système alimentaire industrialisé de prospérer sont tout sauf garanties pour les années à venir.

Malgré cela, les réponses apportées sont dérisoires au regard des bouleversements auxquels nous faisons face. Nos conditions d’existence futures dépendent largement des décisions que nous prenons aujourd’hui, et de notre capacité à remettre en question le système économique et politique actuel. Chercher à prédire précisément l’avenir est illusoire. Néanmoins, prendre en compte certaines menaces pour anticiper leurs conséquences à l’échelle locale semble être une démarche raisonnable, lorsque la satisfaction de nos besoins de base est en jeu. Cela relève même du devoir pour les élu·e·s, responsables de l’ordre public et de la sécurité civile.

Au-delà du constat et loin du fatalisme, nous souhaitons que ce document participe à la construction de politiques lucides, déterminées et créatives face aux enjeux contemporains.

Objectifs et limites



L’objectif de ce rapport est double. Comprendre la situation actuelle, en dressant un panorama des menaces qui pèsent sur le système alimentaire industrialisé en France. Agir, en proposant des voies de résilience propres à chaque maillon du système alimentaire.

Il s’adresse aux collectivités territoriales, et en particulier aux intercommunalités souhaitant mettre en place des politiques de résilience alimentaire locales : aussi l’accent est-il mis sur les leviers d’action qui relèvent de leurs compétences. Les différents acteurs du système alimentaire trouveront également matière à réflexion dans ces pages, comme – plus généralement – toute personne intéressée par les sujets liés à l’agriculture et à l’alimentation. Du fait de cette focalisation sur l’échelle territoriale et sur le rôle des collectivités, les actions à mener à un niveau plus global (national ou européen) ne sont pas détaillées. Il est cependant évident que ces échelons politiques peuvent jouer un rôle structurant dans la construction de systèmes alimentaires résilients, par la levée de certains obstacles réglementaires, la définition d'un cadre politique cohérent et l'octroi de financements ad hoc.

Ce travail cherche à fournir un cadre d’analyse scientifique et transversal, et à proposer des actions concrètes en faveur d’une meilleure résilience alimentaire. Il vise une certaine exhaustivité dans la prise en compte des menaces et la description des maillons du système alimentaire, mais ne développe que ponctuellement certains enjeux, comme la démocratie alimentaire, les rapports de pouvoir et les conflits d’intérêts à l’oeuvre. L’articulation avec les dimensions économique et sociale est abordée mais ne fait pas l’objet d’une analyse approfondie ; leur prise en compte est cependant essentielle.

Enfin, il ne s’agit pas d’un guide « clés en main ». De nombreux aspects opérationnels et organisationnels ne sont pas détaillés. Les projets de résilience alimentaire locaux doivent être adaptés aux spécificités de chaque territoire et à leur modèle de gouvernance.

Malgré le soin apporté à la fiabilité des sources utilisées, si vous constatez des chiffres ou affirmations erronés, merci de le signaler à l’équipe des Greniers d’Abondance. Les textes soulignés correspondent à des liens, accessibles dans la version numérique du rapport.

Vous pouvez également consulter les sections Questions et objections fréquentes et le Glossaire


Remerciements


Ce rapport est le fruit d’un projet collectif porté par les membres de l’association Les Greniers d’Abondance, et coordonné par Félix Lallemand, docteur en écologie et évolution, et Arthur Grimonpont, ingénieur-chercheur en aménagement du territoire. L’élaboration de la maquette graphique et la mise en page ont été coordonnées par Edwin Paquiot et Cécilia Thibaut. Les travaux de recherche, d’écriture, de relecture, d’illustration et de mise en page ont été réalisés de manière entièrement bénévole. Que l’ensemble des personnes suivantes soient grandement remerciées pour leurs contributions : Jean-Charles Abrial, Chloé Adelheim, Marie Baffard, Mathieu Bazaud, Sophie Boisselier, Mario Bon, Camille Blin, Eva Boyer, Anne-Cécile Brit, Jeanne Chiche, Vincent Cohen, Catherine Cuenca, Benjamin Cuillier, Valentin Deltreil, Étienne Dufour, Chloé Dusacre, Charles Englebert, Thomas Fabre-Barthez, Théa de Fouchécour, Élie Grinfeder, Paul Kennouche, Simon Klein, Philippine de Lattre, Léo Lemeray, Thibault Lorin, François Maître, Agathe Malbet, Joseph Maussion, Céline Monthéard, Justine Multon, Laura Papet, Rudy Patard, Corentin Pinsard, Aglaé Poisson, Louise Raguet, Thomas Sablé, Cécile Sambourg, Laure Schneider-Maunoury, Chloé Urvoas, Arnaud Vens, Lan Anh Vu Hong.

Des relecteurs et des relectrices extérieur·e·s aux Greniers d’Abondance, expert·e·s dans différents domaines du système alimentaire, ont permis de rendre ce travail plus rigoureux, cohérent et réaliste. Nous remercions pour leurs conseils :


- Émilie Babut, chargée de projets d’investissement à la Banque des Territoires (groupe Caisse des Dépôts et Consignations)
- Adrien Baysse-Lainé, docteur en géographie et aménagement, enseignant à l’École Normale Supérieure Ulm
- Martin Bocquet, chargé d'études aménagement urbanisme foncier au Cerema Evelyne Bonilla, conseillère projets en agriculture biologique à la Maison de l'Agriculture Biologique de Charente
- Sébastien Bruand, maraîcher et président de la Maison de l'Agriculture Biologique de Charente
- Marianne Cerf, ergonome et directrice de recherche à INRAe
- Yuna Chiffoleau, agronome et directrice de recherche à INRAe
- Claire Delfosse, professeure de géographie et directrice de recherche à l'Université Lyon 2
- Éloïse Descamps, chargée de mission territoire et alimentation chez Solagro
- Aurore Dupont, cheffe de projet agriculture et alimentation à la communauté d’agglomération GrandAngoulême
- Fabien Esculier, chercheur en biogéochimie territoriale à l’École des Ponts ParisTech
- Gaël Léopold, directeur de Toilettes du Monde
- Marine Legrand, chercheuse en anthropologie de l’environnement et médiatrice à l’École des Ponts ParisTech
- Jérôme Libeskind, expert consultant en logistique urbaine
- Materne Maetz, agronome et économiste, ancien fonctionnaire principal pour les politiques agricoles de la FAO, fondateur du site www.lafaimexpliquee.org
- Gilles Pipien, ingénieur général des ponts, des eaux et forêts, administrateur de l'association Humanité et BiodiversitéPhilippe Pointereau, agronome, directeur adjoint chez Solagro et co-auteur du rapport Afterres 2050Jean-Louis Rastoin, professeur émérite à Montpellier SupAgro, fondateur de la chaire UNESCO « Alimentations du monde », membre de l’académie d’agriculture de France

Nous remercions également l’ADEME pour l’aide financière apportée à l’occasion de la publication papier du rapport.

Partie 1: Menaces globales

Dans cette première partie sont présentées les diverses menaces qui pèsent sur le système alimentaire. Elles résultent aussi bien des bouleversements écologiques et climatiques globaux, que de transformations récentes propres à notre organisation économique et sociale. Ces évolutions ont deux types de conséquences :
- les dégradations de fond, graduelles et prévisibles, pouvant affecter chacun des éléments du système alimentaire ;
- les situations de crise, c’est-à-dire des perturbations exceptionnelles, limitées dans le temps, mais dont les conséquences sont potentiellement catastrophiques, en particulier pour les systèmes déjà dégradés.

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Partie 2: Résilience alimentaire et collectivités territoriales

Les dégradations de fond sont déjà en cours, diverses et profondes. Tous les signaux indiquent qu’elles vont s’aggraver, et avoir en retour des impacts négatifs majeurs sur nos sociétés. Elles seront accompagnées de situations de crise, par définition imprévisibles. Améliorer la résilience du système alimentaire est un impératif afin d'anticiper ces différentes menaces. L'échelle d'action, les compétences, la responsabilité et la légitimité démocratique des collectivités territoriales leur confèrent une position privilégiée pour construire des projets de résilience alimentaire.

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Partie 4: Construire et financer un projet de résilience alimentaire

Le système alimentaire fait intervenir un grand nombre d'acteurs. Construire un projet de résilience alimentaire implique de se doter d'instances de gouvernance et de moyens financiers pour établir une stratégie s'inscrivant dans la durée. Quelques pistes sont présentées succinctement dans cette dernière partie. Elles seront approfondies dans une prochaine édition de ce rapport, enrichies d'initiatives déjà en cours ou à venir.

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