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Changement climatique

  • 2020-02-01 09:34:30.0
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Le changement climatique bouleverse en profondeur les écosystèmes sauvages et cultivés. Il affecte la croissance des végétaux et l’activité des ravageurs de cultures. Il exacerbe les tensions sur la gestion des ressources en eau. Les événements climatiques extrêmes augmentent en fréquence et en intensité, faisant peser des risques considérables sur la production agricole.

Le rythme d'augmentation de la température moyenne – de l’ordre de plusieurs degrés par siècle (Figure 2) – est un événement brutal qui n’a, d’après nos connaissances actuelles, pas d’équivalent depuis la dernière extinction de masse du vivant il y a 65 millions d’années. Du fait du temps de persistance du CO2 dans l’atmosphère, et de l’inertie du système climatique, le proche avenir climatique est pour l’essentiel déjà écrit, et les effets déjà observables du dérèglement en cours vont s’aggraver au cours des prochaines décennies. Si réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre est une nécessité absolue, il est également indispensable de préparer notre système alimentaire à absorber ce « choc » climatique, désormais inévitable.

Figure 2 : Évolution de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone (CO2) et de la température moyenne de la surface terrestre depuis 800 000 ans. Le CO2 est un gaz à effet de serre, l’augmentation de sa concentration dans l’atmosphère provoque un réchauffement global. De manière symétrique, l'augmentation de la température moyenne conduit à une élévation du niveau de CO2 par divers mécanismes de rétroaction. Depuis la révolution industrielle, la combustion d’énergie fossile et la déforestation ont provoqué un relargage massif de CO2. L’élévation de température actuelle qui en résulte est cent fois plus rapide que lors de la sortie du dernier âge glaciaire de -20 000 ans à -10 000 ans.Source : Les Greniers d’Abondance, d’après les données de Snyder (2016).

Dégradations de fond : variabilité et baisse des rendements, tensions sur l’usage de l’eau, propagation de nouveaux bioagresseurs, instabilité des marchés mondiaux L’instabilité grandissante des conditions climatiques et la raréfaction des ressources en eau auront des effets négatifs sur la production agricole à l’échelle nationale. La sécheresse printanière et estivale des sols va s’accentuer (Figure 3), cependant que les températures moyennes vont augmenter et les « coups de chaud » se multiplier, réunissant des conditions défavorables aux grandes cultures céréalières,. Les projections climatiques à moyen terme (2050) laissent entrevoir des niveaux de sécheresse moyens équivalents aux pires années de ces dernières décennies, en particulier dans des régions agricoles très productives comme la Beauce, la Champagne ou la Picardie (Figure 3).

Le secteur agricole consomme environ la moitié de l’eau douce prélevée en France, et cet usage est concentré sur les mois d’été, qui coïncident avec l’étiage des cours d’eau (voir voie de résilience n°5). Dans les régions de cultures irriguées, les prélèvements agricoles vont donc entrer en compétition directe avec les usages domestiques prioritaires. Les arrêtés de restriction d’usage de l’eau risquent de se multiplier et de durer dans le temps, à l’image de l’année 2019. Les exploitations agricoles dépendantes de l’irrigation pourraient rencontrer d’importantes difficultés économiques.

Figure 3 : Projections régionalisées de l’indice d’humidité relative des sols, en moyenne printanière, par rapport à 1970. Le scénario considéré correspond à une trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre provoquant un réchauffement d’environ 3°C d’ici 2100 (équivalent au scénario RCP 6.0 du GIEC). Lecture : En 2055, l’indice d’humidité des sols aura une valeur moyenne correspondant aux niveaux « sec » à « extrêmement sec » d'aujourd'hui dans la plupart des départements. Un niveau extrêmement sec correspond à la sécheresse de 2003.Source : Météo-France/CLIMSEC (2012).

La remontée rapide de certaines zones bioclimatiques vers le Nord va perturber en profondeur les écosystèmes et favoriser l’activité, la migration et le développement de certains pathogènes et ravageurs des cultures. Ce risque de déstabilisation est d’autant plus grand que la biodiversité sauvage et cultivée est dégradée.

Situations de crise : événements météorologiques extrêmes (sécheresses, vagues de chaleur, tempêtes et inondations) provoquant des calamités agricoles et endommageant des infrastructures critiques En France, la majorité des cultures sont « pluviales » : cela signifie qu’elles ne sont pas irriguées et dépendent des précipitations naturelles. Une sécheresse peut donc mettre en péril leur bon développement. C’est ce qui s’est produit lors des épisodes marqués de 1976 et 2003, au cours desquels les rendements des principales cultures ont en moyenne chuté de 20 à 30 % sur le territoire. À l’échelle d’une région agricole, certaines récoltes peuvent être totalement perdues. Les épisodes intenses de sécheresse en Europe pourraient être dix fois plus fréquents et 70 % plus longs d’ici 2060. Les vagues de chaleur peuvent elles aussi avoir des conséquences graves sur les cultures et les élevages selon leur intensité et la période où elles surviennent.

Dans l’Hérault en 2019, vigne brûlée (en juin) et incendie ayant causé la fermeture de l’autoroute A9 (en septembre). Au cours de l’été 2019, des milliers d’hectares de vignes ont été brûlés par la chaleur dans l’Hérault et dans le Gard. Ces vagues de chaleur extrêmes vont augmenter en intensité et en durée.Crédits : © Chai d'Emilien; © SDIS 34.

D’autres phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations ou les tempêtes sont amenés à se multiplier et à s’intensifier, mettant en péril les récoltes et affectant certains maillons indispensables à notre sécurité alimentaire tels que le transport routier.

Deux conséquences des inondations sur le système alimentaire : champ noyé dans la Manche en février 2020 et autoroute A10 submergée dans le Loiret en mai 2016. Les inondations et l’humidité du printemps 2016 ont réduit de plus de moitié les rendements du blé dans les départements les plus touchés comme le Loiret ou la Seine-et-Marne, tout en bloquant certains axes de circulation majeurs.Crédits : © Thibault Lorin ; Roland45, CC BY-SA, Wikimedia Commons.

Voies de résilience : diversifier les variétés cultivées et développer l’autonomie en semences, adopter une gestion intégrée de la ressource en eau, généraliser l’agroécologie, simplifier et raccourcir la logistique alimentaire, manger plus végétal

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Effondrement de la biodiversité sauvage et cultivée